Discussion autour de Cronstadt ou la révolution ratée de 1917
Serge :
J’avais – d’une manière un peu ironique/anecdotique – fait une critique de Trotsky. Mais Amaury n’y a rien vu d’anecdotique ! Et avec raison : cela permet au moins d’éclaircir les prises de position. Il doit sembler bizarre aux camarades que Jean-Michel d’un seul coup me soutienne !
Cependant je ne sais pas qui doit soutenir l’autre, car il se trouve que nous avons eu de longues discussions et, qu’en gros, nous soyons assez d’accord. Naturellement !
Reste à élucider ce point : pourquoi des anciens de la LCR ne sont pas trotskystes ? Ouai ! Bizarre, non ?
D’abord, il faudrait reprendre toute l’histoire depuis les années 70 et c’est bien compliqué !
En gros (et pour faire méga express jusqu’à la caricature) : Trotsky est apparu à la fois comme un critique du capitalisme et un critique du totalitarisme (communiste). Bref, c’était la fameuse 3ième voie (que Besancenot d’ailleurs réactive) !
Et il a fait illusion longtemps ! Vu que son œuvre (surtout la seconde partie) tendait à démontrer cela ! Seulement toute l’œuvre de Trotsky est une immense auto-critique !
Alors reprenons tout par le début !
La première révolution réalisée, Lénine et Trotsky ont eu comme premier but la destruction des « soviets » c’est-à-dire des conseils ouvriers ou autres afin de conquérir le pouvoir.
Je dois avouer : j’ai admiré les œuvres de Trotsky comme « Ma vie » ou la « Révolution russe », qui sont grandioses. Je compte la lecture de ces chef-d’œuvres (mais j’avais 19/20 ans !!) comme les plus beaux moments de ma vie et aucune année ne passe sans que je relise à la même période des passages de cette épopée sublime et aussi fantasmée.
Puis j’ai lu presque tout le reste. Et il est vrai – merveille !!! – que Trotsky initiait une critique de la bureaucratie. Dans la revue « Socialisme ou Barbarie », réputée trotskyste, Castoriadis et Claude Lefort, faisaient une sévère dénonciation de l’URSS et de sa révolution ratée.
Mais, si l’on cherche bien, la bureaucratie commence en fait avec la prise de pouvoir des bolcheviks ! Amaury a donné un coup de pied dans la fourmilière ! Et à juste titre ! Il met le doigt sur un problème grave ! Mais avant tout jugeons sur pièces !
D’abord ces vidéos comme rappel : de Cronstadt à Cronstadt !
http://vodpod.com/watch/1637864-la-rvolution-russe-espoir-et-libert
http://www.tagtele.com/videos/voir/32528/1/
http://www.tagtele.com/videos/voir/32529
Bon, d’accord, il y a des passages discutables ! Mais, en gros, (je trouve que) c’est une assez bonne introduction et une interprétation beaucoup moins partiale que cette de Trotsky ou celle, bien sûr officielle, des staliniens qui ont été jusqu’à falsifier les photos où Trotsky apparaissait !
Et, figurez-vous, si Moscou est devenu la capitale à la place de Saint Pétersbourg, c’est à cause de Cronstadt !
Voici maintenant des textes lors de ces fameuses journées de mars 1921.
Extraits des « Izvestia » de Cronstadt :
« Tout le pouvoir aux Soviets et non aux partis ! Le pouvoir des Soviets libérera les travailleurs des champs du joug communiste.
Lénine dit : « Le communisme, c’est le pouvoir des Soviets plus l’électrification », mais le peuple a constaté que le communisme bolchevique c’était l’absolutisme des commissaires plus les fusillades. [ je signale que Trotsky est « commissaire », qu’il a été commissaire à la guerre ! C’est lui aussi le « commissaire » signataire à Brest-Litovsk - S.P.]
Les Soviets, et non pas la Constituante, sont le rempart des travailleurs.
Vive Cronstadt rouge avec le pouvoir des Soviets libres !
Le premier coup de feu de Trotsky est le signal de détresse des communistes ».
…
3 mars 1921 :
« Le parti communiste qui gouverne le pays, s’est détaché des masses et s’est révélé impuissant à les sortir d’un état de débâcle générale. Le parti n’a tenu aucun compte des troubles qui ont lieu, ces temps derniers, à Petrograd et à Moscou, et qui ont démontré clairement qu’il perdu la confiance des masses ouvrières ».
….
Une lettre reçue au « Izvestia » du 6 mars 1921 :
« Je suis effrayé de la situation actuelle.
Est-il possible que le sang de nos frères coule pour les intérêts de ces « communistes bureaucrates » ?
Camarades, revenez au bon sens ! Ne vous laissez pas faire pas ces « communistes » bureaucrates qui vous provoquent et vous poussent à la boucherie. Mettez-les à la porte ! Un vrai communiste ne doit pas imposer son idée, mais marcher avec toute la masse laborieuse, dans ses rangs mêmes.
Signé : Rojkli, membre du parti communiste russe ( bolch.). »
« Izvestia » n° 4 – 5 mars 1921 :
Réunion des délégués.
[..]
On examina la question de l’armement des ouvriers.
Il a été décidé que tous les ouvriers sans exception seront armés et chargés de la garde à l’intérieur de la ville, car tous les marins et soldats désiraient prendre leur place dans les détachements de combats. Cette décision souleva une approbation enthousiaste aux cris de : « la victoire ou la mort ! ».
7 mars 1921 ( Editorial) :
« Le « feld-maréchal Trotsky menace Cronstadt tout entier, libre et révolutionnaire, révolté contre l’absolutisme des commissaires communistes.
Les travailleurs, qui ont jeté bas le joug honteux de la dictature du parti communiste, sont menacés par ce nouveau genre de Trepoff d’une débâcle militaire. [ F. Trepoff, l’un des plus féroces généraux du tsar Nicolas II, célèbre par son ordre aux troupes lors des troubles de 1905 : « Pas d’économie de balles ! »] Il promet de bombarder la population pacifique de Cronstadt. Il répète l’ordre de l’autre : « Pas d’économie de balles ! ». Il doit en avoir une quantité pour les marins, les ouvriers et les soldats rouges révolutionnaires.
….
« QUE LE MONDE SACHE !
A tous … A tous … A tous…
Le premier coup de canon vient d’être tiré. Le « feld-maréchal » Trotsky, taché du sang des ouvriers, fut le premier à tirer sur Cronstadt révolutionnaire qui se leva contre l’autocratie des communistes afin de rétablir le véritable pourvoir des Soviets ».
….
En faisant la Révolution d’Octobre, la classe ouvrière avait espéré obtenir son émancipation. Mais il en résulta un esclavage encore plus grand de l’individualité humaine.
Le pouvoir de la monarchie policière passa aux mains des usurpateurs, les communistes, qui, au lieu de laisser la liberté au peuple, lui réservèrent la peur des geôles de la Tchéka, dont les horreurs dépassent de beaucoup les méthodes de la gendarmerie tsariste »
« Izvestia » n°7, du 9 mars 1921 :
« ECOUTE ! TROTSKY !!
Dans leurs radios, les communistes ont déversé des tombereaux d’ordures sur les animateurs de la troisième Révolution, qui défendent le véritable pouvoir des Soviets contre l’usurpation et l’arbitraire des commissaires ».
[…]
Ecoute, Trotsky ! tant que tu réussiras à échapper au jugement du peuple, tu pourras fusiller des innocents par paquets. Mais il est impossible de fusiller la vérité. Elle finira par se frayer un chemin. Toi et tes « cosaques » vous serez obligés alors de rendre des comptes ».
« Izvestia » n° 12 du 14 mars 1921 :
IL FAUT HURLER AVEC LES LOUPS
On pourrait s’attendre à ce que Lénine, au moment de la lutte des travailleurs pour leurs droits foulés aux pieds, ne fût pas hypocrite et sût dire la vérité.
C’est que, dans leur idée, les ouvriers et paysans séparaient Lénine, d’un côté, de Trotsky et Zinoviev, de l’autre.
On ne croyait pas un mot de Zinoviev ou de Trotsky ; mais quant à Lénine, la confiance en lui n’était pas encore perdue.
Mais…
Le 8 mars, commença le Xième Congrès du Parti Communiste russe. Lénine y répéta tous les mensonges sur Cronstadt en révolte. Il déclara que le mot d’ordre du mouvement était « la liberté du commerce ». Il ajouta, certes, que « le mouvement était pour les Soviets, mais contre la dictature des bolcheviks » ; mais il n’omit pas d’y mêler les « généraux blancs et les éléments anarchistes petits-bourgeois ».
Ainsi, en disant des saletés, Lénine s’embrouilla lui-même. Il laissa échapper l’aveu que la base du mouvement était la lutte pour le pouvoir des Soviets, contre la dictature du parti. Mais, troublé, il ajouta :
« C’est une contre-révolution d’une autre genre. Elle est extrêmement dangereuse quelque insignifiantes que puissent paraître, à première vue, les corrections qu’on pense apporter à notre politique ».
Il y de quoi se troubler. Le coup porté par Cronstadt révolutionnaire est dur. Les meneurs du parti sentent que la fin de leur autocratie est proche.
Le grand trouble de Lénine perce à travers tout son discours sur Cronstadt. Le mot « danger » y revient à tout instant.
Il dit, par exemple, textuellement, ceci :
« il faut en finir avec ce danger petit-bourgeois, très dangereux pour nous car, au lieu d’unir le prolétariat, il le désuni ; il nous faut le maximum d’unité ».
Oui, le chef des communistes est obligé de trembler et de faire « appel au maximum d’unité ». Car la dictature des communistes et le parti lui-même accusent une grave fissure.
De façon générale, était-il possible à Lénine de dire la vérité ?
Récemment, dans une réunion communiste contradictoire sur les syndicats, il dit :
« Tout cela m’ennuie à mort. J’en ai par-dessus la tête. Indépendamment de ma maladie, je serais heureux de lâcher tout et de fui n’importe où ! ».
Mais ses partenaires ne le laisseront pas fuir. Il est leur prisonnier. Il doit calomnier comme eux. Et, d’autre part, toute la politique du parti est gênée par l’action de Cronstadt. Car Cronstadt exige, non pas la « liberté de commerce », mais le vrai pouvoir des Soviets ».
Le 15 mars 1921 le n° 13 des « Izvestia » le titre est :
« MAISON DE COMMERCE LENINE, TROTSKY ET CIE ».
Le N° 14 du 16 mars 1921 :
LE SOI-DISANT « SOCIALISME » .
En faisant la Révolution d’Octobre, les marins, les soldats rouges, les ouvriers et les paysans versaient leur sang pour le pouvoir des Soviets, pour l’édification d’une République des travailleurs.
Le parti Communiste a pris bonne note des aspirations des masses. Ayant inscrit sur sa bannière des slogans alléchants qui enthousiasmaient les travailleurs, il les a entraînés dans la lutte et leur a promis de les conduire dans le beau royaume du socialisme que seuls les bolcheviks sauraient édifier.
[…]
Par la suite, se sentant bien en forces, les communistes, progressivement, éliminèrent du pouvoir d’abord les socialistes d’autres tendances ; après quoi ils repoussèrent de nombreux poste de l’Etat les ouvriers et les paysans eux-mêmes tout en continuant à gouverner en leur nom.
Les communistes substituèrent ainsi au pouvoir qu’ils avaient usurpé la tutelle des commissaires avec tout l’arbitraire que pouvoir personnel. Contre toute raison, et contrairement à la volonté des travailleurs, ils commencèrent alors à construire obstinément un socialisme étatique, avec des esclaves, au lieu de bâtir une société basée sur le travail libre.
L’industrie étant totalement désorganisée, malgré le « contrôle ouvrier », les bolcheviks réalisèrent la « nationalisation des usines et des fabriques ». D’esclave du capitaliste, l’ouvrier fut transformé en esclave des entreprises d’Etat.
[…]
Echange du pain et du bétail, presque entièrement réquisitionnés, on obtint des razzias des tchékistes [ = police répressive ] et les fusillades en masse. Beau système d’échange pour un Etat des travailleurs : du plomb et la baïonnette en place du pain !
[…]
Cela devient insupportable. Cronstadt révolutionnaire a brisé, la première, les chaînes et enfoncé les grilles de la prison. Elle lutte pour la véritable République soviétique des travailleurs où le producteur lui-même deviendra le maître des produits de son labeur et en disposera comme il voudra ».
*
Ce qu’en dit Trotsky :
http://www.lariposte.com/Beaucoup-de-tapage-autour-de-Cronstadt-377.html
Trotsky parle trop bien ! Noie-t-il le poisson ? Franchement, dans ce texte il fait du Finkelkraut avant la lettre : à savoir de l’amalgame ! Lorsqu’il parlera par la suite de « révolution trahie » ne peut-on pas dire qu’en réalité c’est lui le traître initial ? Et il finira par être la victime de sa propre trahison !
Je sais bien que cela peut choquer ! Et nombre de « trotskystes » ne sont pas prêts à entendre cela ! Franchement, il y aurait ici un livre à écrire !
C’est vrai que j’ai mis du temps à comprendre que toute l’œuvre de Trostky après 1924 consistera, en quelque sorte, dans un premier temps à corriger l’erreur première, puis ensuite, à partir de l’exil ( 1929, je crois), à atténuer sa responsabilité ( comme le montre le texte de 1938).
Et quelle responsabilité ? Non pas la responsabilité de la bureaucratisation, mais même de la « militarisation » (oui, je dis bien : « militarisation ») du pays dans sa totalité !
Donc il n’y a pas mieux pour connaître la vérité du crime que de s’adresser au criminel lui-même! On ne s’étonnera pas qu’il ait été aussi éloquent sur la bureaucratie : quand il en sera lui-même la première victime et qu’il finira au goulag (1929-30 ? je ne sais plus).
Aussi le second Trotsky se « gauchise » et devient dès lors plus acceptable pour les révolutionnaires authentiques qui ne veulent voir que cet aspect-là en lui.
Or il faut repartir de l’origine !
Pour moi, mars 1921, c’est la fin de la révolution russe, c’est le thermidor russe !
A partir de fin mars 1921 c’est la mise en place du capitalisme d’Etat connu sous le nom de « régime communiste » et Staline ne sera rien d’autre qu’un nouveau tsar ! S’il y a eu quelques petites mesures sociales et le fait que le « communisme » a pu faire peur aux capitalistes, il n’y a rien eu ! Il n’y a pas eu de révolution du tout !
S’il y a des graines de romancier parmi vous, j’ai un titre : « La révolution russe n’a pas eu lieu » !
C’est Saint Just (je crois) qui disait : dans une révolution il faut aller jusqu’au bout sinon on est écrasé et l’échec est encore pire !
C’est ce qui s’est passé de 1917 à 1921. Et la chute du mur de Berlin n’est que la confirmation de cet échec. Echec que les insurgés de Cronstadt pointaient déjà. 1989 ne fait que leur donner raison 68 ans après !
Dès lors, il y aurait intérêt à se pencher sur les causes de l’échec d’une révolution ou de toute révolution : le problème c’est que jusqu’à présent toutes les révolutions ont …. echoué !
Et Goethe nous avertit : « celui qui oublie son passé est condamné à la répéter ».
Au total, je voulais souligner l’idée suivante : il ne peut pas y avoir de réflexion sans une critique radicale de tout ; et surtout sans une critique radicale de tout pouvoir qui est incapable de se justifier.
Je me permets de souligner que la définition du communisme de Marx est : « Le communisme n’est pour nous ni un état qui doit être créé, ni un idéal sur lequel la réalité devra se régler. Nous appelons communisme le mouvement réel qui dépasse et abolit l’état actuel. Les conditions de ce mouvement résultent des prémisses déjà existantes ».
Il faudrait longuement méditer ce point !
Badiou (http://www.la-bas.org/article.php3?id_article=1738) ferait bien de réfléchir sur ce point !
Pour ma part je suis pour :
1/ trouver un autre mot que « communisme ».
2/ trouver un programme alternatif concret jusque dans le moindre détail à partir de la situation actuelle ( Comment « produire » sur le plan agricole autrement? Qu’est-ce qu’une architecture alternative ? Qu’est-ce qu’une école « autrement » ? Qu’est-ce que la santé « autrement » ? Qu’est-ce que l’alimentation « autrement » ? Qu’est-ce que le transport « autrement » ? Qu’est-ce que la communication « autrement » ? Qu’est-ce la culture « autrement » ? Qu’est-ce que le sport « autrement » ?, Qu’est-ce que le travail « autrement » ? etc.., etc.. bref, qu’est-ce que l’humanité « autrement » ? qu’est-ce que vivre « autrement » ?). Bref, décliner jusque dans le détail les propositions alternatives qui permettent de vivre autrement !
Si nous sommes révolutionnaires il faut réveiller chez chacun les « possibles ». C’est cela la liberté ! Etre libre c’est faire autrement que ce que nous impose la nécessité ! Etre libre c’est pouvoir faire « autrement » que ce nous impose le totalitarisme capitaliste ! Le totalitarisme marchand nous dit : « vous n’avez pas le choix » ! Nous disons : « nous choisirons » !
Revenons enfin à notre démocratie directe :
Paul Valery disait : « La politique c’est l’art d’empêcher les gens de s’occuper de leurs propres affaires ». C’est justement ce que nous ne voulons pas !
jean-michel :
Merci Serge pour ce brillant et intéressant exposé. Faire la révolution sans révolutionner le NPA c’est impossible. Alors secouons le cocotier !
Tu dis quelque chose de très important à la fin : « Si nous sommes révolutionnaires il faut réveiller chez chacun les « possibles » ». Tout l’art de la domination consiste effectivement à enfermer chacun dans des alternatives infernales dans le seul but de produire du fatalisme. Et il serait temps, effectivement, qu’ un parti politique ouvre des perspectives, donne de l’espoir en démontrant la possibilité du changement dans chacun des domaines que tu as cité (agriculture, école, santé, travail etc.). Nos tracts devraient allaient dans ce sens (en insistant sur la possibilité de réalisation concrète et sur le démontage des critiques usuelles). Même si je suis parfaitement d’accord sur la hausse des salaires et l’interdiction des licenciements, je doute qu’une série de propositions comme celles là puisse redonner de l’espoir aux gens. Augmenter les salaires oui mais après ? Bien sûr il faut réduire les inégalités. Mais après ? Quant à l’interdiction des licenciements, au risque de choquer, je trouve ça idiot. Interdire les licenciements supposerait que la réglementation économique soit aux mains des travailleurs, autrement dit que la Révolution ait eu lieu. Mais si la Révolution a eu lieu, plus besoin d’interdire les licenciements puisque la « marchandise travail » n’est plus. Non franchement, ces propositions ne donnent pas d’espoir. Elles donnent le sentiment (y compris chez les ouvriers) que rien de change profondément et que le NPA est une bande d’utopistes. C’est la raison pour laquelle les partis de la gauche de gauche sont généralement voués à servir de réceptacle aux votes contestataires. Je sais bien qu’un plan d’urgence sociale s’impose. Mais nos campagnes ne peuvent se réduire à des campagnes de dénonciation ou de propositions visant à colmater les brèches.
Ci-joint un rappel des évènements de Kronstadt (extraits de Wikipédia). C’est bien de raviver la « Mémoire des vaincus » (beau livre de Michel Ragon). Certes, la répression des marins de Kronstadt n’arrange pas les affaires du « camarade » Trotsky, pas plus d’ailleurs que la création de l’armée rouge (dont les chœurs continuent de sévir, mais je m’égare…). Je comprends l’admiration que certains hommes nous inspirent. Mais les hommes sont faillibles et deviennent parfois des symboles mis au service d’une aliénation. Être révolutionnaire, ce n’est pas « croire » en un homme ou en un parti. Être révolutionnaire c’est être un individu libre mais un individu socialisé et conscient que la liberté des autres est la condition de sa propre liberté. Les questions que soulève la création d’un nouveau parti ne sont guère différentes de celles du passé. L’expérience de Kronstadt montre qu’on ne fait pas la Révolution « au nom » du peuple mais « avec » le peuple. Méfions nous de ceux qui veulent faire le bonheur des autres en décidant pour eux.
Autrement dit, la démocratie directe est la seule possible. Il n’en existe pas d’autres.
Amaury :
Salut Jean-Michel, le problème avec le coup de Kronsdadt c’est que si les trostkystes avaient laissé agir les anarchistes, ça aurait profité aux blancs qui étaient prêts à revenir en force.
Certes rien n’excuse un massacre mais à faire un choix entre le retour de la réaction dans le sang ou la continuation de la révolution dans le sang … ça n’empêche pas que je te rejoins tout à fait sur l’idée qu’être révolutionnaire « ce n’est pas croire en un homme ou un parti », et qu’il faut une démocratie directe.


